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Hommage à Joseph Mazoire

Le dimanche 26 juillet 2020 | Aérostation

Hommage à Joseph Mazoire Hommage à Joseph Mazoire Hommage à Joseph Mazoire

Hommage écrit et lu par François Moizard

                                            Joseph, l'ami Jojo

                                  Joseph Mazoire décédé le 21 juillet 2020


La vie est faite de hasards programmés. Dans ces hasards, il y a les rencontres. Seul on échoue, ensemble on a plus de chances d'avancer, de rebondir, de s'élever.

C'est ainsi que Joseph, dans les années 80, météorologue en poste à Dijon, au contact téléphonique avec des pilotes de montgolfières, sollicité, va progressivement accepter de nous aider bénévolement à la direction de vols de meetings. Il sera avec acharnement notre professeur Théodolite. En leur temps, Budy Bombard,  Michel Bergounioux, Michel Arnould, Thierry Villey, Philippe Buron, Vincent Leÿs et bien d'autres comme moi vont faire appel à ses services. Pour les vols locaux, pour les meetings, pour les records, pour les championnats, pour la Gordon Bennett, etc. Alors il va devenir l'incontournable Monsieur Météo de rassemblements emblématiques dont Le Puy en Velay et le Mondial Air Ballons.

Impossible de parler de Joseph autrement que d'un joyeux compagnon sur lequel on pouvait compter. Sagement engagé dans son domaine de compétence sans chercher à empiéter sur ce qui n'était pas de son ressort. Toujours soucieux d'une présentation professionnelle de ses bulletins météo, dans une élocution parfaite et un français impeccable. Cherchant sans complaisance la vérité des faits. A tout moment ensuite, de près, de loin, soucieux de la réussite de chacun. D'ailleurs souvent, sachant flatter notre ego, il restait à son endroit dans la plus totale discrétion. Ainsi, sa propre histoire nous échappait. De loin, sa dernière année nous a fendu le coeur. Toute notre sympathie et admiration, je joins celle de tout le comité de la fédération française d'aérostation réuni mercredi dernier autour de son président Benoît Pelard et représenté ici par Jean-Alain Martin, à sa famille, à sa fille médecin à Fleurey-sur-Ouche, à son entourage proche, à tout le personnel soignant qui l'a accompagné dans cette dernière année, à son ami et collègue Joël Marceaux, successeur émérite de Joseph, qui nous a entretenu de son dur parcours de fin de vie.

Il peut, sans forfanterie, nous laisser trois leçons dans ses liens professionnels et amicaux avec l'aérostation :

1/ accomplir prioritairement dans la vie des choses que l'on aime et que l'on sait faire.

2/ prendre ses responsabilités sans rejeter ses échecs sur les autres.

3/ chercher l'excellence dans son métier sans démagogie, sans fausse modestie.

Réussir ainsi à vivre le plus possible en harmonie avec ses semblables.

 

L'imitant, dans la phraséologie seulement,  je ferai le bulletin météo du jour sur son départ :

Mesdames et Messieurs, entre les Açores et l'Irlande, vers Dijon, la situation dépressionnaire de ces derniers jours a fini par emporter ce qu'il restait de moi-même. Pas grand chose. Dans ces conditions climatiques désastreuses, douloureuses, longues, vous pouvez comprendre que c'est dur de partir sans apercevoir l'horizon. Vouloir partir là-haut une dernière fois dans le bleu et se retrouver dans le noir au 36ème dessous. Je vous explique plus clairement la situation. Tout d'abord nous ne savons pas d'une façon précise où se trouve le paradis, l'épaisseur de la couche, compte tenu de nos moyens de prospection célestes actuels, nous cache au dernier moment notre destination finale. Au-dessus, mon Dieu, c'est probable qu'il n'y ait pas de nuages, mais à l'instant où je m'éteins, où la luminosité faiblit au point de disparaître sur un fond noir, je ne peux pas vous en dire plus.

Voilà, Mesdames et Messieurs, l'essentiel de la situation. Je ne suis pas compétent pour vous raconter des carabistouilles sur la suite. Je sais simplement que vous allez rester au sol et que je vais finalement m'élever seul pour un dernier envol...


Je ne serai pas moi-même et honnête avec Joseph si je ne mettais pas un brin de fantaisie, la flamme au brûleur et  un peu de poésie dans mon propos. Façon de parler sans dire, suggérant seulement cette magnifique proximité que l'on peut avoir dans la vie avec certaines personnes. Dans le cas présent avec Joseph, et je n'étais pas le seul, une complicité joyeuse, sincère, voire légère.

 

C'était un grand Joseph

Qui passait dans nos coeurs

Il était tout en long

Sur le bord d'un fossé

Quand il s'est vu tombé

Il s'est mis à crier :

Mon Dieu, ramassez-moi,

Chez vous, emmenez-moi.

                     D'après une chanson québecoise de Félix Leclerc, C'était un pt'it bonheur.

les ballons,

c'est comme les gens,

c'est sincère ou ça ment,

ça gonfle

ou ça s'dégonfle,

ça colore le ciel

ça peut faire des nuages

ça part au gré du vent,

au fond, c'est comme le temps,

ça n'attend personne,

ça suit son chemin

comme si de rien

ça va vite

ça va lentement,

c'est dans la douceur du temps

jusqu'au moment où ça descend

pour s'mettre sur son séant.

 

                                     Avec le vent,

                     Avec le vent, va, tout s'envole

             On fait le décollage et l'on quitte le sol

             Le ciel, quand il est bleu, ça vaut la peine d'y aller

             Emporté là-haut, être appelé et c'est très bien

                                    Avec le vent,

                     Avec le vent, va, tout s'envole

              On bénit les longs vols et l'on oublie les autres

              Qui vous laissaient en panne sur l'horizon

              Tu peux monter là-haut, pars en paix rejoindre les autres.

                    Salut Joseph, l'ami Jojo.

                    Bonjour là-haut.

                   


                     François Moizard

                    Samedi 25 juillet à l'église de Fleurey-sur-Ouche en Côte-d'Or